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Niagara-Illustration

Niagara extrait scénario

LE FLEUVE
SEQ. 00 - EXT-INT / DIVERS ENDROITS / JOUR

Une jeune femme, 20 ans - cheveux bruns, coupe longue d'où s'échappent deux longues mèches teintes en rouge - est assise sur le rebord d'un lit dans une chambre d'hôtel quelconque.
Elle mâche mécaniquement un chewing-gum tout en regardant un point précis dans la pièce.
On entend une faible ambiance musicale, un mélange de bruits électroniques et de notes plus ou moins mélodieuses mais aussi des sons d'eau, de vents, d'animaux, d'insectes. Un homme, dont on ne voit pas le visage, se déshabille. L'homme est maintenant nu, son sexe quasiment dressé.
La jeune femme enlève le chewing-gum de sa bouche et le pose sur la table de chevet. Elle attend, les écouteurs de son baladeur toujours sur les oreilles et d'où provient l'ambiance musicale. Sur la base d'une de ses narines, un piercing brille comme un petit astre.
Le paysage sonore devient plus présent.

FERMETURE AU NOIR - OUVERTURE

Une glissière de sécurité. Un bouquet de fleurs fraîches accrochées au métal froid.
Un homme, la quarantaine - affichant un dynamisme de façade - a le regard baissé vers ce souvenir fleuri. L'ambiance musicale s'éloigne.
L'homme est au bord d'une voie rapide, les voitures filent, passent, sifflent comme des balles, des gifles, comme autant d'insectes bruyants et grouillants. Certaines klaxonnent comme pour prévenir l'homme d'un éventuel danger.
L'habillage sonore réapparaît au premier plan.

FERMETURE AU NOIR - OUVERTURE

Un homme bientôt la trentaine - crâne rasé sur les côtés, bande de cheveux courts du front à la nuque - est dans les cuisines d'un restaurant. En veste et filet à cheveux de cuistot, il s'active devant des fourneaux sur un air de reggae qui vient se mêler harmonieusement à l'ambiance musicale préexistante.

FERMETURE AU NOIR - OUVERTURE

Un homme quasiment du même âge - en tricot de peau et chapeau de feutre vert -  est assis dans une cuisine. Il compte des billets de 20 qu'il répartit sur 5 liasses épaisses devant lui. Il mâchouille une allumette. De la fenêtre ouverte, derrière lui, s'engouffre soudain le vrombissement d'un moteur d'avion de ligne. Il  tourne la tête dans sa direction puis rassemble les liasses en une seule et compte à nouveaux ses billets.
De l'ambiance musicale ne restent que des sons de nature.

FERMETURE AU NOIR - OUVERTURE

Une jeune femme approchant les 30 ans - blonde platine - est derrière un comptoir. Les bras croisés sur sa poitrine généreuse, elle observe presque avec agacement quelque chose devant elle.
Un client, ivre mort, a la tête posée sur le zinc. Il baigne dans la lumière rouge et bleue des néons, dans une ambiance sonore ressemblant étrangement à celle d'une volière.
Tous les deux, à leur façon, attendent dans ce bar désert, électrique. L'ambiance musicale revient.

FERMETURE AU NOIR - OUVERTURE

Une femme, la quarantaine - des cheveux roux tombant sur de larges épaules - arrache rêveusement les peluches de laine d'une manche de son pull. Elle les laisse tomber dans l'air.  Assise sur un fauteuil à fleurs de lys jaunes, les jambes finement croisées, elle attend dans la chambre d'un Motel. D'une télévision provient une information sur les conséquences tragiques d'une famine dans un pays du tiers-monde. Elle sourit. Le bonheur envahit soudain son visage.

FERMETURE AU NOIR - OUVERTURE

Sur les accoudoirs du fauteuil à fleurs de lys sont posés des sous-vêtements de femme.
Dans le lit défait de la chambre d'hôtel est allongé un jeune homme de tout juste 18 ans - les cheveux mi-longs et pouvant servir de nid à un oiseau. Il est torse nu et regarde la télévision. Sur son dos, un tatouage. Un ange aux ailes déployées.
L'écran diffuse silencieusement des images d'un fleuve subtropical.
La composition musicale disparaît.

FERMETURE AU NOIR - OUVERTURE

Un fleuve. On flotte, on avance avec le courant. La rive est sauvage, verdoyante.
Des roseaux, des hautes herbes en fouillis ondulent sous une légère brise.
Une rumeur sourde.
On quitte la rive pour apercevoir l'aval du cours d'eau.
À une centaine de mètres, des rapides sont pris de frénésie.
Un brouillard d'embruns blanchâtre s'élève dans le ciel.
On parcourt les derniers mètres.
Le fleuve, avec fracas, disparaît dans une chute vertigineuse.
On arrive au bord de la chute d'eau, à la limite où tout bascule.

FERMETURE AU NOIR

L'ambiance sonore du début devient à nouveau présente.
Dans le noir, on entend la voix d'une femme, calme et posée, profonde, au timbre plein.

VOIX OFF FEMME
Qui suis-je ? Ne le demandez pas.
Je suis votre frère, votre sœur, votre mère, je suis parmi vous.
Je suis celle qui tombe et qui, vers le bas, entraîne avec elle toutes les choses du monde.
Je suis une femme, n'importe laquelle. Je suis un homme, n'importe lequel.
Celui qui a perdu et perdra encore. Celle qui parle de sa chute.
Je suis celle qui n'a plus la force de pleurer,
Je suis celui qui se cherche et ne se trouvera pas,
Celle qui fuit sans pouvoir s'échapper,
Celui qui se noie dans son chagrin,
Celle que la peur dévore,
Celui qui ne devait pas naître,
Celle qui s'enfonce dans une forêt obscure,
Celui qui sombre et devient épave au fond de l'océan,
Qui suis-je ? Ne le demandez pas.
Je suis celle qui tombe et qui, vers le bas, entraîne avec elle toutes les choses.
Là où tu étais, un trou est resté dans ma vie.
Tout tombe autour, et moi je tombe en lui.
Quelques secondes d'un silence cotonneux, comme un jour de neige.
De l'ambiance sonore se dégage une musique différente plus mélodieuse, plus classique.

GENERIQUE DE DÉBUT

 

Copyright Alain Raoust - Home Films 2012 - Une partie du texte de la voix off est empruntée au roman Le Nouvel Amour de Philippe Forest - ©Editions Gallimard 2007