Focus - 15

Souscrire au flux RSS du blog

Focus c'est faire le point sur quelqu'un ou quelque chose. Voire aussi sur le décor ou l'arrière plan.
Aujourd'hui :

DÉCÈS DE RENÉ FÉRET

 

René Féret est décédé le 28 avril 2015.

Cette photographie de nous deux a été prise en 2009, par ma fille. Elle avait 8 ans. Réné aimait beaucoup les enfants. Souvent, dans ce square du vingtième arrondissement que nous fréquentions en famille, il soulevait par les pieds mon fils ou ma fille. Ils aimaient ça, comme les autres mômes. Ça rigolait, ça criait au secours, pour, aussitôt libéré, en redemander.

Régulièrement, il me retournait aussi. C'était plutôt chez lui, devant un verre de Guillemot, l'un en face de l'autre, debouts, de part et d'autre du grand bar de sa cuisine. À quelque chose près, nous avions la même taille. Difficile de m'attraper les chevilles, de me secouer.

"Ne laisse pas les autres décider à ta place quel cinéma tu dois faire. Produis-toi !"

C'était avec ce genre de prise que je me retrouvais la tête en bas. À sa manière, il incarnait la phrase de Fassbinder : "Il faut tout simplement s'y prendre comme les capitalistes, en se lançant dans l'aventure et en courant des risques. Si je fais un sac à main, je ne sais pas si je vais le vendre. Je commence par le fabriquer et ensuite j'essaie de l'écouler. J'aime mieux essayer de vendre le film que de faire du porte à porte avec un scénario ou une idée. Au moins, vous avez mis le point final à votre film, tandis que les autres peuvent mettre un point final à votre idée".

Comme pour tâcher de me protéger (mais de quoi au juste ?!), je finissais par rire de son insistance, de sa générosité, de l'amitié dont il m'honorait en croyant que je fusse capable de me produire. Séduit, j'en redemandais même, sentant qu'il avait sans doute raison. Qu'à force de l'entendre, il me convaincrait.

Un jour, il a failli réussir…

A des cinéastes, qui comme moi étaient ses cadets, il disait invariablement la même chose. Il nous secouait. 

Ces derniers jours, plus que jamais, j'ai la tête à l'envers. Seulement voilà, je ne ris plus…

Plus tard, içi, je reparlerai de René. D'un texte qu'il avait écrit et que Frédéric Pierrot a lu au Père Lachaise. Il est question de renaissance. De retrouver en soi l'élan de la création, celui qui, envers et contre tous - y compris soi-même - permet d'inventer les conditions de son développement. René fabriquait ses films en homme libre.  "Les films libèrent la tête" aurait-dit Fassbinder.

 

Alain Raoust - Home Films 2015

 

A lire, le texte de Jacques Mandelbaum dans Le monde.

 

 

Lire la suite