Focus - 14

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Focus c'est faire le point sur quelqu'un ou quelque chose. Voire aussi sur le décor ou l'arrière plan.
Aujourd'hui :

LUCAS FOGLIA

C’est en dégustant un menu Obento chez Azabu - Paris 6e (Je fais ma rubrique Elle : 24 heures de la vie de X, Les bonnes adresses de Y) - qui s’avérera délicieux, mais totalement ruineux, qu’un ami m’a parlé du travail de Lucas Foglia.
"Ça me fait penser à tes films. Des personnages faisant corps avec des lieux, une grande simplicité d'exécution"
Venant de sa part, ça m’a touché mais surtout rendu curieux. Je suis allé voir qui était le photographe en question. Coup de foudre. Une rencontre artistique que j’espère communiquer avec la photographie ci-dessous et le lien vers son site.
Suite à l’addition chez Azabu - et après nous être jurés qu’à l’avenir nous ferions mieux de nous rencarder dans des restaurants moins onéreux - nous sommes partis prendre un café ailleurs. Ou plutôt une limonade citron pour lui, un déca pour moi. Là, nous avons parlé des difficultés financières à monter nos projets.
Discussion banale au fond. Courante. Habituelle.
Nous nous sommes dit :  
"Tout ça finira qu’on ferra nos films sans argent, avec trois fois rien et en les mettant éventuellement en ligne"
Quels seraient ces films ?
En ce qui me concerne quelque chose comme ça :

 

 

SEQ. 1   EXT - JOUR - PLAINE

Un paysage relativement plat, enneigé. Première neige. Le ciel est gris. Dans les nuages quelques trouées témoignent d’un froid intense, vif. On entend le bruit d'un moteur, le claquement d'une portière.

Un homme - habillé en Jean’s, bonnet visé sur la tête, botte en caoutchouc - une hache à la main, entre dans le paysage. L’homme est de dos. Il écarte les jambes, se cale à la verticale d'un trou d’eau glacé. Il frappe. Cogne la glace. Ça fait un bruit sourd, ça rempli le vide. Ses coups sont réguliers. Comme ceux des forains quand ils montent un chapiteau sous la chaleur d'un soleil d'août. Il s'appelle Jacky. Il n’a pas mis ses gants. Ils sortent de la poche arrière de son pantalon. Ses mains sont rougies par le froid, par le frottement avec le manche.

À présent, au loin, dans les anciennes traces d'un véhicule, un 4x4 se rapproche. D’abord simple tâche bleu foncée à l’horizon, il vient se garer à quelques mètres de Jacky. Sur le capot, il y a écrit gendarmerie. À l'envers. Une femme en descend. C'est Karine. Elle a une trentaine d’année, tout comme l’homme qui la suit. Elle est en uniforme. Une parka bleue marine. Échange de regards avec son collègue. Elle lui fait signe de la couvrir. Il s'exécute, pointe son revolver sur Jacky. Elle s'approche prudemment de lui. L'interpelle.

La femme
Jacky ?

L'homme ne dit rien, frappe la glace. Il semble ne pas avoir remarqué sa présence. Elle s’approche un peu plus, touche l’épaule de Jacky, recule.

La femme
Jacky… Pose ta hache s'il te plait… Jacky tu m'entends ?

Jacky finit par s’arrêter de cogner la glace.

On découvre son visage. Celui d'un homme dans un état d'hébétude.

Un temps. Ils se regardent tous.

Jacky
Faut que je continue à creuser. Si l’eau ne s’évacue pas la route va être glissante…

La femme
Je sais… mais ça ne te concerne plus maintenant…

Un temps. Jacky et la femme se regardent. C'est long. Jacky semble revenir à lui.

Jacky
Salut Karine… Tu vas m'arrêter ?

La femme acquiesce, timidement.

Jacky
Ils m’ont viré… comme une merdre… Voilà pourquoi je lui ai éclaté la tête… Tu sais ça … Ils avaient promis en rachetant la boîte : personne ne sera viré… Quelle langue parlent-ils ?

La femme
Je sais Jacky… Pose ta hache.

Jacky
Et si je te dis non ?

La femme
… Tu vas poser ta hache… J'en suis certaine… Pense à ta famille… A Lina… aux enfants…

Un temps.

Jacky
… Je ne veux pas aller en prison…

La femme
Soit raisonnable Jacky, lâche ta hache.

Jacky
… Excuse-moi…

Jacky lève sa hache fait quelques pas vers la femme, va pour la frapper.
L'équipier tire. Jacky s'effondre sur le sol.
Son sang rougit la neige.
La femme se penche sur son corps, demande à son collègue d' appeler des secours.

La neige au sol.
Une traînée de glace marron.
Puis une route et la voiture de Jacky garée. Sur la portière, il y a écrit VEOLIA.
Devant la voiture, une station de relevage des eaux, glacée, comme figée dans la mort.

 

GENERIQUE  DE DEBUT

MUSIQUE : WEEN - BUENAS TARDES AMIGO

 

SEQ. 2   (…)

 

"Ce qui serait formidable, au fond, c’est de ne plus avoir peur de l’argent, de faire des films sans se soucier de leur économie".
Werner-Maria Fassbinder.

 

 

Alain Raoust - Home Films 2015