Focus - 13

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Focus c'est faire le point sur quelqu'un ou quelque chose. Voire aussi sur le décor ou l'arrière plan.
Aujourd'hui : 

DRAWING NOW - SALON DU DESSIN CONTEMPORAIN

 

Dans une ambiance de marché assez agaçante ("Tu m'en réserves trois ou quatre", "Honnêtement, là, c'est le buzz total autour d'elle, on a tout vendu, j'suis à poil". "Comme ça me fait plaisir de te voir … on se téléphone"), le salon du dessin contemporain (terminologie plus marketing qu'artistique) et intitulé Drawing Now a eu lieu du 26 au 30 mars au Carreau Du Temple, à Paris. L'occasion de découvrir, ou de redécouvrir, des artistes dont les travaux frappent immédiatement l'œil et l'esprit.
Plus que l'œil et l'esprit, c'est le mot immédiatement qu'il faut retenir. Entre les œuvres accrochées et le flâneur, s'opère une séduction qui doit beaucoup au caractère spontané des dessins (même si on imagine facilement que la plupart n'ont pas été griffonné autour d'une table). Dans cette catégorie, la palme d'or revient à Alan Vega (oui, oui, le chanteur-compositeur de Suicide) et ses portraits crachés sur des feuilles de cahiers d'écolier. On retrouve ce contact sans détour, doublé d'une reconnaissance directe du support, dans le travail de l'allemande Eva Grün (dessins sur billets d'avions, plans d'architectes, cartes géographiques : un personnage dessiné de dos, pisse littéralement sur une carte de l'Autriche).
D'autres, par leur logique sérielle (formidable série d'Emmanuel Régent sur les files d'attentes – idem pour Johann Rivat et sa série Uncivilized), leur ambiance anxiogène (Damien Cadio, l'indien Shine Shivan, Guy Oberson, Daphné Le Sergent, Dae Jin Choi) ou bien leur étonnante capacité à décrire un état d'apesanteur (Yann Thoreau, Ethan Murrow), établissent tout aussi promptement un rapport avec le spectateur. Sur un tout autre ton, celui de l'humour, les dessins de Colin Cook frappent eux aussi avec force et rapidité.
Plus durablement marquant, c'est l'aspect subversif et paradoxalement léger de certains dessins qui saisit le visiteur. Comme s'ils pouvaient tout aussi bien se retrouver au fond d'une cagette à légumes plutôt qu'accrochés dans des stands de galeristes. Quand cet état est lisible, certains travaux attisent la curiosité. Conçus à la manière des dessins que l'on peut faire lors d'une conversation téléphonique enneuyeuse - un agrégat de traits qui vous passe par l'esprit, débouchant sur une représentation, ou non - ils retranscrirent quasi sans filtre une part de l'inconscient, et non, comme l'ont fait certains surréalistes, en usant pourtant de méthode similaire, une trop grande part de conscient. Là où ces derniers étaient dans l'intentionnel, le déclaratoire, le manifeste, des artistes comme Sandra Vásquez de la Horra, Eugen Schönebeck, se construisent sur l'involonaire.
Ces oeuvres là, échapperont sans doute à ce qui ressemble à une nouvelle lubie du marché – le dessins - mais aussi des écoles d'art, puisqu'avait lieu, durant le salon, un forum intitulé : "Comment enseigner le dessin contemporain ?
La réponse se trouve probablement dans un dessin de Johann Rivat : un type cagoulé s'apprêtant à balancer un cocktail Molotov.

 


Alan Vega

 


 


Colin Cook
 


Dae-Jin- Choi

 


Eugen Schöenbeck

 

 

 


Sandra Vasquez de la Horra

 

 

Johann Rivat

 

 


Emmanuel Régent

 

 


Ethan Murrow

 

 

Alain Raoust - Home Films 2014
 

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